« One man’s hero » de Lance Hool, avec Tom Berenger, Joaquim de Almeida, patrick bergin, Daniela Romo
Synopsis : Dans les années 1840, de jeunes immigrants irlandais, fraîchement débarqués aux Etats-Unis pour y tenter leur chance, s’engagent dans l’armée américaine pour obtenir la citoyenneté. Mais ils se heurtent au mépris de leurs officiers pour les catholiques qui leur infligent discrimination et sévices. Le sergent John Riley, lui aussi irlandais, parvient à les sauver d’un châtiment injuste, mais en fuyant vers le Mexique, lui et ses hommes sont capturés par des rebelles mexicains. Lorsque la guerre entre le Mexique et les Etats-Unis éclate, les rebelles ainsi que les déserteurs irlandais sont enrôlés dans l’armée mexicaine. John Riley et ses hommes vont alors devenir les San Patricios, les combattants auxiliaires catholiques du Mexique, qui vivront une glorieuse et tragique épopée.
Commentaire : Voici un film nécessaire à plus d’un titre. D’abord, il évoque une page d’histoire peu connue et qui ne risque pas d’être illustrée par les gros pontes de Hollywood gauchisant ou par le show bizz caviar du tout Paris. L’épopée des San Patricios (référence à la Saint Patrick, fête catholique irlandaise) ont bien existé, elle eut pour cadre la guerre américano-mexicaine se déroulant en 1846-48, qui vit la défaite du Mexique et la conquête par les USA d’un grand nombre de ses territoires (Californie, Utah, Nouveau-Mexique). Ors, au cours de cette guerre, un grand nombre de soldats de l’armée américaine, d’origine irlandaise pour la plupart, persécutés pour leur foi catholique qui les rendait suspects aux yeux de leurs supérieurs, désertèrent et rejoignirent les rangs de l’armée mexicaine qui mit en avant la solidarité catholique face aux « anglos » et les firent citoyens mexicains. Considérés comme des traîtres aux Etats-Unis et jugés comme tels (plusieurs dizaines furent pendus à l’issue des derniers combats), ils sont célébrés comme des héros au Mexique qui honore encore leur mémoire. Leur chef, le sergent John Riley, promu capitaine par l’armée mexicaine, a lui aussi bien existé, même si l’on ignore exactement ce qu’il est advenu de lui après la guerre. Interprété avec sobriété par Tom Berenger (« Platoon », « Les chiens de guerre », « Training day »), il s’agit d’un personnage héroique, mais loin d’être magnifié, il est plutôt tourmenté et incertain sur les décisions qu’il doit prendre pour lui-même et ses hommes, avant de devenir résigné et lucide sur le sort qui les attend, assumant jusqu’au bout sa décision.
Un personnage qui illustre à lui seul une particularité du film, la référence au stoicisme. Non seulement deux de ces grands inspirateurs historiques (l’anglais John Milton et l’empereur romain Marc-Aurèle) sont directement cités, mais les personnages principaux adoptent ostensiblement cette philosophie dans leurs actes. Ainsi, John Riley n’hésite pas à affirmer qu’il a toujours été libre, alors même qu’il se trouve emprisonné dans un bagne après sa capture par l’armée américaine. Surmonter sa condition première, s’élever au-dessus des contingences matérielles, telles semblent être la ligne de conduite de ces personnages engagés dans le grand chemin de l’histoire qui les broiera impitoyablement. On doit aussi y ajouter l’abnégation et le sens du devoir, le dépassement de ses petits intérêts personnels. Tous l’acceptent, qu’il s’agisse de Riley qui va s’engager à contre-cœur dans la guerre américano-mexicaine afin de respecter le choix de ses hommes et de les veiller, ou du chef rebelle mexicain Cortina (joué par Joaquim de Almeida « Desperado », « Entre chiens et loups », « Sueurs ») qui cède à Riley sa compagne Marta en voyant que tous deux s’aiment et bien que lui-même éprouvent pour elle des sentiments, ou encore de l’ensemble des hommes de Riley qui, face à la défaite inéluctable du Mexique et sachant le sort qui les attend en cas de capture, renoncent cependant à fuir et se battent jusqu’au bout avec l’énergie du désespoir, allant même jusqu’à empêcher des soldats mexicains de brandir le drapeau blanc de la reddition (fait authentique). Le film nous livre également une intéressante réflexion sur la subjectivité des notions de traître et de héro, les San Patricios étant traîtres pour l’armée US qu’ils ont déserté, mais héros patriotes aux yeux des autorités mexicaines qui les ont accueilli.
Enfin, il s’agit d’une virulent dénonciation du traitement fait aux catholiques européens, notamment irlandais, aux Etats-Unis du XIXe siècle, sujet fort peu abordé au cinéma et qui risque de l’être encore un certain temps. Le catholicisme reste une composante majeure de l’identitée des San Patricios qui sont à cheval entre deux patries sans guère d’espoir de revoir l’une ou l’autre. On les voit souvent prier, aller à la messe et louer le seigneur. C’est du reste suite à une prière d’un des hommes condamnés au fouet au début du film que Riley intervient pour les libérer. Enfin, si les autorités et la population mexicaine accueillent avec tant de bienveillance ces iralando-américains, après un premier affrontement et un temps de méfiance, c’est essentiellement par solidarité entre catholiques. La religion leur sauve une deuxième fois la vie : c’est en voyant Riley porter une croix donnée peu avant par un prêtre mexicain que Marta découvrent qu’il est catholique et convainc Cortina de l’épargner ainsi que ces hommes.
Il est fort dommage que le réalisateur ne soit pas d’avantage connu car il fait preuve d’un réel talent de metteur en scène et se montre orfèvre en la matière de nous faire partager l’émotion suscitée par le sort des protagonistes. A cet égard, la scène finale de l’exécution des San Patricios prisonniers est fort émouvante. Voici un film historique, guerrier et humain, injustement méconnu et chaudement recommandable.