Cette fois amis lecteur, ce ne sera pas une mais deux chroniques cinéma que je vous offre pour votre plus grand plaisir. Et pas n’importe lesquels, il s’agit en effet de deux films bien dans la ligne de pensée néo-conservatrice, du genre à faire attrapper la jaunisse aux chroniqueurs des Inrocks.
“Bienvenu chez les Ch’tis” de Dany Boon, avec Kad Merad, Dany Boon, Zoe Felix, Philippe Duquesne, Line Renaud, Stéphane Freiss
Synopsis: Après avoir triché pour être muté en Provence, Phillipe Abrams, directeur d’agence postale, se retrouve en plein nord, qu’il ne manque d’ailleurs pas de perdre. C’est que le bonhomme, en bon sudiste, est pétri de préjugés à l’égard de ceux d’en-haut. Mais arrivé sur place, et au contact d’Antoine le facteur de l’agence locale, il découvre que tout n’est pas aussi moche au pays des friteries et des grandplaces. Reste à expliquer cela à son épouse qui, quoiqu’il dise, croit dur comme fer qu’il vit le goulag.
Alors que le film a d’emblée dépassé les 10 millions d’entrée et laissé loin derrière “Astérix aux JO”, “Les bronzés 3″ et autres “Visiteurs” et qu’il pourrait bien tutoyer les 17 millions de “La grande vadrouille”, il convient de se demander si ce succés surprise est bien mérité ou non. Et d’emblée, la réponse est…oui sur toute la ligne. “Bienvenu…”, c’est le retour en force d’un certain style de comédie bien française, un peu satirique sans être méchant, un peu tendre sans être niais, mais surtout d’une drôlerie fort efficace. C’est aussi la revanche du film de province au scénario basique et réaliste sur les grosse prod’ pseudo-branchés et pêtées de tune à la Luc Besson (avouez que vous en avez un peu marre des “Taxis”) ainsi que sur les inévitables films sociolo-satirico-politico-chiants de gauche. C’est aussi un film qui parle de la France profonde, de ses clichés et de son charme sans cèder à l’habituel quota de “minorité visible”. C’est aussi un formidable film d’acteur où l’on voit les anciens comiques Dany Boon et Kad Merad confirmés en tant qu’acteurs talentueux d’avenir (voila qui nous fera aisément oublier Sophie Marceau et Marion Cotillard). Bref, c’est autant de raisons d’aller voir le film.
“John Rambo” de Sylvester Stallone, avec Sylvester Stallone, Julie Benz, Matthew Marsden
Synopsis: Cynique et désabusé, John Rambo vit retiré en Thailande où il vend des serpents. plus question pour lui d’aller barouder aux quatre coins de l’Asie pour sauver une humanité qu’il estime perdu. Aussi, lorsqu’une poignée d’humanitaire lui demande de les guider dans jusqu’à un camp de réfugiés Karen en Birmanie, il est dur à convaincre et il faut les beaux yeux de la jeune Sarah, aussi fraiche et utopique que Rambo est buriné et réaliste. Et lorsque ce groupe, après qu’il les ait quitté, tombe aux mains de la junte Birmane, il se rend compte qu’il ne peut échapper à sa vocation première: combattre seul, ou presque les pires tyrans de la planètes pour aider des populations en détresse. Seulement, cette fois, il est accompagné d’un commando de durs à cuir aussi antipathique qu’opportuniste. Mais Rambo a sa méthode personnelle qu’il compte bien appliquer jusqu’au bout. Et on se doute qu’elle ne figure pas dans le carnet des charges de Amnesty international.
Quatrième volet de la saga des Rambos, le film a connut un bon résultat au box-office américain qui laisse augurer d’un retour en grâce de Sly dans le cinéma à succés ainsi que d’un cinquième opus, toujours dirigé par Stallone, et en cours d’écriture. Bon mais le film me demanderez-vous, est-il vraiment bon, ou alors est-ce encore un de ces nanars mal vieillis qui sentent le renfermé uniquement destiné à renflouer la carrière ascendante de l’interprète de “Rocky”? Eh bien au risque d’en surprendre plus d’un, j’ai personnellement trouvé le film plutôt bon. Evidemment, on reprochera au scénario d’être ultra-simpliste, pour ne pas dire accessoire, et de ressembler furieusement à ceux des opus 2 et 3 (ce qui n’est pas entièrement faux mais avec des nuances importantes que je vais citer). Encore une fois, le film colle bien à l’actualité géopolitique du moment. Exit le combat contre les talibans afghans un temps envisagé et sans doute jugé trop chaud. Place à la junte militaire et totalitaire birmane qui fit beaucoup parler d’elle voici peu (avant d’être vite ecclipsée par les insurrections du Tibet). Le film se distingue nettement des opus précédents sur deux points principaux: d’abord son ton désabusé, ultra-réaliste, souvent à la limite du cynisme. C’est clair, Rambo ne croitdéfinitivement en l’humanité ni en la paix, sinon autant que José Bové croit aux valeurs de la cuisine américaine. Il le dit clairement aux humanitaires :”Si vous partez sans armes, vous échouerez”, ce qui arrive d’ailleurs immanquablement. Le recours à la violence contre la violence semble donc la seule réelle solutionpour faire règner un minimum de justice dans un monde post-bipolaire où la violence aveugle devient de plus en plus incontrolable. Même les humanitaires non-violents (dont la chef de file est d’ailleurs chrétienne et fait partager son espérance en Dieu au héro) doivent s’y résoudre. Du reste, même le final n’augure rien de bon puisque, même si Rambo et ses alliés parviennent à sauver les humanitaires (du moins les survivants) et à infliger une sévère défaite aux militaires Birmans, le régime est loin d’être renversé et les Karens n’ont guère de perspective d’avenir. La victoire modeste en quelque sorte. On est loin ici du triomphalisme du troisième opus qui mettait Rambo aux prises avec les soviètiques en Afghanistan et le montrait les vaincant définitivement presque seul (et avec l’aide tardive de partisans afghans). Ensuite, le film est nettement plus réaliste que les précédents. Les aspects pratiques de la mission son beaucoup plus tenus en compte, ne serait-ce que dans le fait que Rambo n’agit plus seul, mais avec un grand nombre d’alliés (le commando, les maquisards Karens et même l’un des humanitaires, pacifistes convaincu au début du film). Surtout, le film est beaucoup plus violent que ses prédécesseurs. On y a en effet notre compte de têtes explosées, de gorge arrachée, de ventres ouverts, de vertèbres brisés, parfois jusqu’à la surenchère, ce qui rebutera de manière compréhensible les plus sensibles des spectateurs. Et puis bien sûr, tout cela n’est pas toujours amené avec finesse et il faut bien se farcir quelques dialogues lourdingues ou situations invraisemblables, même si les scénaristes ont fait des efforts par rapport au numéro 3. Mais le ton du film, encore une fois très réaliste, reste appréciable et même salvateur en cette ère de pacifisme droitdel’hommeque et pleurnichard qui inonde actuellement les grands médias. La mise en scène, quant à elle, reste aussi efficace que peut l’être un film du genre hollywoodien, utilisant fort bien les différents décords et répartissant assez bien les scènes d’action spectaculaires. Comme en plus, le message est juste, il n’y a pas de raison de se priver.