Le Conseil d’Etat a rendu, jeudi, sa décision à propos de notre demande d’annulation du refus de la subvention légale aux quotidiens d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires pour l’année 2000. Après de longs méandres dans les circuits des juridictions administratives, l’arrêt est tombé, sec comme le crâne d’un vieux procureur : c’est NON. Sous-entendu, à Présent, on ne fait pas de cadeau.
Nous n’attendions pas de cadeau. A vrai dire, ce refus, nous nous y étions faits avant qu’il ne se confirme. Nous avons appris à ne rien espérer, à ne rien attendre de ces juridictions qui sont allées jusqu’à nous condamner à 1 500 euros d’amende pour avoir contesté le refus de la subvention légale en 2007. Présent doit se taire. Subir et se taire.
Nous n’attendions pas de cadeau. Nous ne demandions que justice. Nous demandions une interprétation raisonnable du décret instituant l’aide légale aux quotidiens à faibles ressources publicitaires qui fasse droit à notre situation réelle tout en respectant son objectif propre. Parce que l’aide légale a été décidée pour permettre à une presse d’opinion de vivre en France malgré les difficultés de financement publicitaire qu’elle rencontre par le fait même de son caractère tranché.
Présent n’a pas, ou quasiment pas de ressources publicitaires. C’est un choix, certes. Un choix de liberté et d’indépendance. Mais je ne vous surprendrai pas en affirmant qu’il nous serait difficile, en pratique, de faire un autre choix. Si 10% de nos revenus, tout au plus (moins que le plafond de 20%, déjà rondelet, prévu par le décret sur l’aide légale), nous venaient de la publicité, nous n’y perdrions pas notre âme. Mais quel est l’entrepreneur qui veut soutenir un titre comme Présent ? Quelle société ayant un petit, ou un gros budget de publicité choisirait Présent ? Vous dirai-je les réponses de certains, qui pourraient partager nos idées ou qui les partagent déjà ? « Vous comprenez, nous ne pouvons pas… Vous comprenez, certains de nos clients nous fuiraient… »
Toute notre famille de pensée est victime de cette grande peur, de ce refus d’engagement. Et aussi, soyons justes, des charges écrasantes qui obèrent de plus en plus les libertés de choix économiques des Français.
Mais deux millions de Polonais, certes pas très riches, font vivre un ensemble médiatique catholique : Radio Marya, sa télévision, ses journaux. Ils ont compris que le combat de l’information et plus encore de la formation par le biais des médias est d’une importance primordiale. Une foule de catholiques américains, pratiquant un mécénat individuel ou dans le cadre de l’entreprise, permet l’existence d’une télévision dont l’apostolat est désormais mondial : EWTN. Ils ont compris que l’argent est le nerf de la guerre ; ils ont compris aussi qu’ils sont responsables de ce qui se passe, ou non, dans le monde médiatique.
Nous avons, hélas, en France, cette culture de la subvention et de l’aide publique qui contribue à faire grossir le molosse étatique. Cercle vicieux : l’Etat a confisqué l’école, le système de santé, le monde culturel, et l’on finit par se réjouir des miettes qu’il laisse à ceux qui veulent y reprendre les droits des familles et y faire régner la liberté. On finit par les réclamer. Mais on paye tout le reste.
La subvention légale aux journaux à faibles ressources publicitaires est de ces miettes, il faut le reconnaître. Mais enfin dans le système que nous subissons, il nous faut bien la réclamer. Nous estimons répondre, bien mieux que l’Humanité, par exemple, qui la reçoit tout en bénéficiant d’un « matelas » d’abonnés quasi institutionnels, à ses critères d’attribution.
Il se trouve que le décret instituant l’aide est obscur sur un point précis. Il exige que le « prix de vente » soit « compris entre 90% et 130% du prix moyen pondéré par la diffusion annuelle en France des quotidiens nationaux d’information politique et générale, ledit prix de vente moyen étant calculé à partir du prix de vente au 1er janvier de l’année d’attribution de l’aide ». Ailleurs, le décret exige que l’on fournisse les tarifs d’abonnement, les chiffres de la diffusion par abonnement et en kiosque, et un numéro du 1er janvier. Depuis 2000, l’Administration nous a refusé la subvention au motif que notre prix de vente en kiosque (1,50 euro jusqu’à décembre dernier) dépassait les fameux 130%. Sachant que ce fameux « prix moyen » général est calculé en tenant compte, notamment, des quotidiens pour enfants vendus à 46 centimes d’euro en moyenne…
Nous avons toujours contesté cela en faisant remarquer que notre vrai prix de vente moyen doit tenir compte des ventes par abonnement, ce qui nous place confortablement à l’intérieur de la fourchette. Nous l’avons soutenu avec véhémence, dans la mesure où le décret ne dit nulle part que le prix à retenir est celui de la vente au numéro en kiosque.
Une vraie question juridique se posait là. Une question sur l’interprétation d’un texte que l’Administration a faite, selon nous, de manière tendancieuse. Un vrai problème que les tribunaux administratifs et le Conseil d’Etat ont pu très longuement étudier : cette affaire porte, rappelons-le, sur l’année 2000.
Nous n’attendions certes pas avec beaucoup d’espoir une réponse positive – elle aurait entraîné à terme l’obligation de nous verser rétroactivement pas moins de huit ans de subventions pour la période 2000-2007 – mais au moins un argument, au moins une réflexion qui justifie la position de l’Administration.
Il n’en a rien été. Le Conseil d’Etat, sibyllin, affirme sans aucune explication – et surtout sans guillemets renvoyant au décret, puisque cela ne s’y trouve pas – que « la disposition en cause » précitée « relative à la première section du fond (sic) d’aide, s’entend comme désignant uniquement le prix de vente au numéro ». Par qui ? Pour quoi ? En vertu de quel texte ? Il n’y a pas de texte !
Croyez-moi : si le prix de vente au numéro de Présent avait été « dans les clous » fixés par l’Administration, mais si son vrai prix de vente moyen était bien supérieur du fait de tarifs d’abonnement plus élevés, on aurait su le trouver, le moyen de nous exclure de l’aide légale !
Chers amis lecteurs, il est des jours où une forme de découragement nous gagne. Nous voyons nos charges augmenter, l’avenir de Présent se précarise encore ; nous avons parfois l’impression de nous battre contre des moulins à vent. Nous nous disons pourtant qu’avec un millier, deux milliers d’abonnés de plus, nous pourrions le mener mieux, avec juste ce peu d’aisance qui nous permettrait de ne pas être parfois submergés par les soucis matériels. Où sont-ils ?
Il est pourtant important, ce combat que nous menons tous les jours pour que toute la presse écrite quotidienne ne soit pas aux mains de la culture de mort. Enfin, nous le croyons. Avons-nous raison ? Aidez-nous à le croire !
JEANNE SMITS
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