Je partais avec un a priori positif: La Croix avait aimé, l’Immonde détesté.
J’en suis ressorti plutôt emballé. Mise en scène sobre mais efficace, narration confortable, jeu de lumières assez développé, chants grégoriens de circonstances. Il m’est même arrivé d’être ému (et je n’étais pas le seul) durant le spectacle.
Robert Hossein insiste beaucoup sur la jeunesse polonaise de Karol Wojtyla, et plus généralement sur la Pologne. Il oublie la fin de la vie de Jean-Paul II et toutes les souffrances évidemment porteuses de sens dont nous avons été témoins. Si l’auteur insiste beaucoup (un peu trop?) sur le Pape des droits de l’Homme, il n’oublie pas pour autant le Pape des droits de Dieu. L’un n’allant pas sans l’autre.
Robert Hossein souhaite aborder les problèmes et les questionnements d’aujourd’hui avec des personnages d’époque: pourquoi pas, tant qu’on ne tombe pas dans la caricature. Ainsi, sur la question des relations sexuelles avant le mariage, si je doute que la question ait été ainsi -c’est à dire de façon cavalière- posée au jeune Wojtyla, il est certain que certains -aujourd’hui- se la posent et la posent de cette façon. L’occasion pour Robert Hossein de nous résumer la théologie du corps de Jean-Paul II qui ne laissera personne indifférent… et de mettre un terme au mythe d’une Eglise qui considérerait la sexualité entre époux comme un moindre-mal. Salutaire mise au point. Alors que Karoll, encore Cardinal, déjeune avec un ami, sa servante l’interpelle sur la contraception sur un ton dramatique: sa soeur, mère de 6 enfants, mari au chômage est une très bonne catholique mais… Un peu l’argument du viol pour justifier l’avortement. Car Robert Hossein pose la question de la contraception et de l’avortement. Or, tout le monde sait bien que dans l’immense majorité des cas, la contraception et l’avortement ont un objet égoïste, carriériste, hédoniste ou machiste. J’ai donc été déçu par cette approche caricaturale. Jean-Paul II est également interpelé par des femmes américaines qui veulent devenir prêtresses… Il leur répond très justement et celles-ci se rangent à son opinion. Robert Hossein a bien compris le message du Pape sur ce point. Mais l’incompréhension du réalisateur domine quant à la question du SIDA: on voit un Pape interpelé par un Abbé Pierre très sûr de lui (la réalité était semble-t-il toute autre…), qui devient agressif et regrette “ce dilemme”, se sentant impuissant. Mais de quel dilemme parle-t-on? Face à Michel Drucker sur France 2, Robert Hossein avait parlé des “contradictions” du Pape Jean-Paul II. Nous pensons plutôt qu’il s’agit d’incompréhensions de sa part. Cette partie du spectacle est d’ailleurs insultante pour les Africains, réputés systématiquement polygames et manifestement trop demeurés pour ne pas être contaminés par le SIDA si le Pape ne leur dit pas de mettre un préservatif. Comprendre: la fidélité est manifestement réservée aux blancs (c’est l’Abbé Pierre qui le sous-entend)… Non, l’Eglise est très cohérente sur ce point: le Pape n’a pas parlé du préservatif (ça n’est pas son rôle) et a encouragé la continence avant le mariage et la fidélité, le respect et l’ouverture à la vie pendant. Cette chasteté est le seul moyen fiable à 100% de se protéger contre le SIDA. Le préservatif, en cas de pêché (par exemple l’adultère), a de grandes chances d’éviter d’en commettre un second (être contaminé puis contaminer son épouse par exemple). Mais pas 100% de chances, loin de là car les préservatifs aux normes CE et bien utilisés restent poreux donc relativement peu fiables! Et le Pape n’a pas à encourager à pêcher. Point.
Ce spectacle est donc celui d’un homme qui a compris une partie -non négligeable- du message du Saint-Père et qui n’a pas saisi le discours de l’Eglise sur certains points précis ou saisi seulement la traduction orientée faîte par nos media.
Ainsi, je ne suis pas certains que Robert Hossein comprenne la rencontre d’Assise comme il aurait fallu la comprendre: il n’était pas question de « prier ensemble, mais d’être ensemble pour prier ». Et Jean-Paul II souligna publiquement devant ses invités que, pour lui, « la paix porte le nom de Jésus-Christ ». C’est d’ailleurs le chef de l’Église, vicaire du Christ, qui a pris l’initiative, c’est le pape qui a appelé les autres dignitaires religieux à le rejoindre, et à le rejoindre dans un des hauts lieux chrétiens. Dieu est le Père de tous les hommes, la mission de l’Église est universelle, le chef de l’Église l’exprime de façon « prophétique » en réunissant par la prière les hommes séparés de multiples façons, y compris religieuses.
Mais la modestie, la volonté de comprendre transparaissent… L’humble Robert Hossein est convaincant dans son admiration pour Jean-Paul II. Premier étonné par le succès rencontré par son spectacle (et il est vrai que le palais des sports de la porte de Versailles était plein à craquer), nostalgique et déprimé par les malheurs de ce monde, il espère, nous a-t-il confié avant la représentation “que toutes les religions, toutes les races, toutes les cultures et toutes les nationalités vont entamer un travail de paix”. Son spectacle doit ne pas laisser indifférent et donner l’envie de se révolter contre les injustices de ce monde. Enfin presque toutes… Celle qui touche les enfants dans le sein de leur mère ne semble pas l’émouvoir plus que ça.
Il poursuit: “nous n’avons plus le choix, nous devons nous aimer les uns les autres, nous assumer les uns les autres, prendre conscience du sens du partage”. Avec les plus faibles, ceux qu’on n’entend pas aussi, M. Hossein! Vous qui “(avez) trop de respect pour la personne humaine” devriez mieux comprendre l’opposition de l’Eglise à la pilule (qui ne respecte pas le corps de la femme) et à l’avortement (qui ne respecte ni le corps de la femme ni -évidemment- le corps de l’enfant à naître)…
Le réalisateur fête cette année ses 80 ans le 30 décembre 2007, âge auquel il ne sera plus assuré. “Je n’ai plus d’ambition, je sais que je finirai couvert de dettes, ce qui est plutôt rassurant: je serai plus léger pour me présenter devant le Père” blague-t-il. Il se définit lui-même comme “un mendiant” avec son public: “si vous êtes satisfaits, répandez-vous. La mort de Jean Paul II n’est pas une fin”. Ce Pape “[qu'il admirait] tant mais avec lequel [il n'était] pas d’accord sur tout”. Modestie et orgueil, un curieux mélange finalement très humain… “Cet hommage n’est pas une fin: j’ai fait ça pour les jeunes, aussi pour les moins jeunes”. Robert Hossein compte sur nous pour changer ce monde où “3/4 de l’humanité vit mal d’un métier qu’elle n’a pas choisi”, où il n’a “jamais autant vu d’enfants, de vieillards, de femmes blessées”…